Oui mais…

Me revoici avec toi aujourd’hui.
Tu te demandes peut-être pourquoi le titre de notre nouvelle expérience est : « Oui mais ».
Tu l’auras compris, maintenant que nous sommes un peu plus proches, qu’avec moi, tu seras toujours un peu désarçonné.

Alors entamons ensemble cette réflexion à partir d’une question que j’ai récemment posée :
« Les élections municipales sont proches. Est-ce que cela signifie un début de changement pour la Martinique ou une continuité ? »

Les réactions que j’ai reçues me laissent dans le doute. Et je suppose que toi aussi, tu n’y vois pas forcément un signe de changement positif.
Tu me diras : comment espérer changer quelque chose auquel on ne croit plus ?
C’est une vraie question. Et elle mérite d’être posée au centre d’une réflexion multiple, ouverte, multidirectionnelle.

On vit sur une île où nos expériences de vie sont, dans l’ensemble, limitées.
Il est donc assez facile de tomber dans une forme de redondance : des gestes répétés, des discours familiers, des journées qui se ressemblent.
Alors, quelque part, cette situation finit par nous enfermer dans ce que j’appelle le syndrome du poisson rouge.

On essaie de trouver du nouveau dans l’habitude. Mais ce n’est pas évident, tu le sais.
Alors, au bout d’un moment, on n’y pense plus vraiment. On se laisse porter par la fatalité, par la répétition de ce qui a déjà été.
On finit par croire qu’on s’épuisera plus à vouloir changer la situation qu’à la subir. Et puis, on se convainc que ce n’est pas si grave.

C’est comme ça, petit à petit, qu’on emmène une population vers un état de résignation.
Plus précisément : le « i bon kon sa ».
Pourquoi faire autrement, puisque personne ne dit rien ?

Et c’est ainsi que la politique fonctionne ici :
Des figures qui sont là depuis vingt-cinq ans. Les mêmes discours. Les mêmes visages. Les mêmes voix à la télé, à la radio.
On finit par s’habituer à leur présence, à croire que c’est leur place, et uniquement la leur.
On se dit qu’ils feront peut-être les choses différemment, cette fois. Puis on désespère. Et enfin, on s’habitue.
À quoi bon ?

On en oublie que la vie peut être autre chose.
Parce qu’on nous ramène sans cesse à nos difficultés, à notre impuissance.
Et surtout, parce que les structures censées nous soutenir semblent elles-mêmes en léthargie.

C’est ce qu’on appelle le conditionnement de la pensée.

Mais parfois, dans cette léthargie générale, il y a un frisson. Un soupir. Un mot différent dans la bouche de quelqu’un. Un regard qui n’est pas tout à fait résigné. Et là, on se dit : Et si ?

Et si ce n’était pas une grande révolution qu’il nous fallait, mais des petits sursauts de conscience ?
Et si, au lieu d’attendre un sauveur, on commençait par refuser ce confort du renoncement ?
Pas pour faire la guerre. Pas pour tout casser. Juste pour ne plus continuer à dire « oui » quand on pense « non ».

Parce que changer, ici, ce n’est pas toujours renverser un système. C’est déjà refuser de se taire quand on voit l’injustice.
C’est oser proposer quand on pense autrement.
C’est créer une initiative, même toute petite, là où plus personne n’y croit.
C’est aussi croire que l’on mérite mieux, sans attendre qu’on vienne nous dire qu’on y a droit.

Changer, c’est sortir du cercle fermé du « I bon kon sa ».
C’est comprendre que le fatalisme est une arme utilisée contre nous.
Et que la passivité, aussi douce soit-elle, nous vole quelque chose d’essentiel : notre capacité à imaginer l’avenir, à rêver grand !

Alors, peut-être qu’on ne renversera pas tout, tout de suite.

Peut-être qu’aux prochaines municipales, ce seront encore les mêmes visages, les mêmes alliances, les mêmes histoires. Mais peut-être que toi, tu ne les regarderas plus avec les mêmes yeux.

Peut-être qu’en te posant la question : « Qu’est-ce que je veux vraiment pour mon pays, pour ma commune, pour mes enfants ? », tu seras déjà en train de décaler un peu ta zone de confort.
Et ce pas-là, même petit, il compte. Parce qu’il brise le cycle, dans lequel on souhaite nous enfermer.

Alors oui, on pourrait dire que rien ne change.
Oui mais.

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