Me revoici, me revoilà.
Comme à chaque fois, on se retrouve pour un moment d’échange en toute intimité.
J’ai voulu, tu le sais, lâcher la barque et prendre le large. Ce monde me révolte.
Alors j’ai décidé, une dernière fois, de créer une nouvelle relation. Pas avec toi, même si notre lien comptait. Il y avait entre nous cette confiance : je te confiais mes songes, mes idées, mes interrogations… et toi, fidèlement, tu étais là, toujours présent.
Mais aujourd’hui, ce n’est plus à toi que je m’adresse.
C’est à toi, qui n’es pas encore là.
À toi avec qui j’entretiendrai désormais cette relation.
À toi qui devras, peut-être, nous sauver de nous-mêmes.
À toi qui n’existes pas encore, mais qui portes déjà le poids du monde.
Comme Don Quichotte face aux moulins, mon combat me semble vain.
Notre beau pays paraît condamné à s’effondrer, incapable de se prendre en main.
Et pourtant, il est difficile de rester spectateur.
Alors cette fois, ce message n’est pas pour nous.
Il est pour toi. Pour ta génération.
Celle qui devra corriger nos erreurs.
Celles que nous avons commises par égoïsme, en croyant pouvoir profiter sans jamais payer le prix.
Et quel prix!
Peut-être savions-nous.
Peut-être avions-nous conscience qu’un jour, il faudrait payer l’addition.
Mais nous avons aussi parié que, le moment venu, nous ne serions plus là pour en subir les conséquences.
À toi qui arrives dans ce monde sans l’avoir demandé,
mais qui hérites déjà du poids de nos fautes.
Je sais que cela ne sera pas facile.
Tu vivras dans un monde qu’on te racontera,
et tu te demanderas pourquoi celui dans lequel tu vis n’y ressemble pas.
Un monde où il ne reste plus grand-chose.
Où les températures ont changé.
Où l’agriculture est devenue mécanique.
Où les plages ont presque disparu.
Tu vivras avec le rêve d’une vie que tu n’auras jamais connue,
parce que, par égoïsme, nous t’en avons privé.
Nous te raconterons ce que nous avons perdu,
sans avoir su le protéger.
Alors, pour éviter que tout ne disparaisse,
je t’expliquerai ce que nous avons fait et surtout, comment ne pas recommencer.
Je te laisserai, au fond du terrier, des traces :
des vidéos, des mots, ces échanges.
Pour que tu connaisses cette vérité que certains, par honte, préféreront taire.
Tu connaîtras nos erreurs.
Nos faiblesses.
Pour ne pas suivre le même chemin.
Pour échapper à la cupidité, à l’égoïsme,
à cette obsession de vouloir toujours être au-dessus des autres.
Pour ne pas croire aux faux prophètes.
Je ferai en sorte que tu voies clair,
pour que tu puisses tracer ta route.
Et peut-être, ainsi,
sauver ce qui peut encore l’être.
C’est ainsi qu’une nouvelle histoire naîtra entre nous.
Pour que ton avenir soit meilleur que le nôtre.

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