Et si tous se trompaient ?

Me revoici, me revoilà avec toi aujourd’hui, encore une fois !
Tu te demandes peut-être pourquoi le titre de notre nouvelle expérience est : « Et si tous se trompaient ».

Tu te dis : « mais où va-t-il trouver tout ça » ?
Tu l’auras compris, maintenant que nous sommes un peu plus proches, qu’avec moi, tu seras toujours un peu désarçonné mais très attentif.

Alors commençons à démystifier tout cela.

Dans le tumulte des revendications identitaires, des discours enflammés sur l’indépendance ou l’autonomie, et si nous passions à côté de l’essentiel ? À entendre les partisans du changement statutaire, la Martinique ne trouverait son salut que dans la rupture avec la France coloniale, ou au contraire dans une redéfinition radicale de son lien avec elle.

Pourtant, une question s’impose : et si ni l’indépendance, ni l’autonomie ne répondaient aux vrais besoins du pays ?

Et si le vrai nœud du problème n’était pas dans la forme institutionnelle, mais dans ce que nous faisons ou pas avec ce que nous avons déjà ?

La Martinique perçoit chaque année environ 3 milliards d’euros de transferts publics de la part de la France et de l’Union européenne. Cela représente près de 80 % des finances publiques du territoire.

À titre de comparaison :

  • Le budget national de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, pays indépendant situé à 200 km de nous, est inférieur à 300 millions d’euros par an.
  • Le PIB par habitant en Martinique dépasse les 20 000 €, contre moins de 9 000 € dans la majorité des petits États insulaires de la Caraïbe.
  • Près de 70 % du poisson consommé localement est importé, alors que nous disposons d’une ZEE de plus de 48 000 km² (30 fois la surface terrestre de l’île).

Et si le vrai combat n’était pas institutionnel, mais structurel ?
Et si, au lieu de se diviser sur la forme du lien avec la France, on se concentrait sur la manière dont nous gérons nos ressources, notre éducation, notre économie ?

Notre zone économique exclusive, notre patrimoine naturel, notre richesse culturelle : ce sont là des leviers importants.

Ce n’est pas le statut qui crée le développement, c’est la capacité à bâtir un projet collectif, à transformer les potentiels en réalités.

La ZEE martiniquaise représente un levier stratégique énorme. Pourtant, la filière pêche est peu structurée, l’aquaculture quasi absente, et l’exploitation énergétique de la mer encore à l’état de projet. Pendant ce temps, les bateaux étrangers opèrent en toute légalité autour de nos côtes, souvent sous des accords signés à Paris.

La Martinique a accès aux fonds de cohésion, de transition énergétique et de développement rural via l’UE. Pourtant, une partie de ces fonds est sous-consommée chaque année, faute de projets solides, de porteurs structurés ou de coordination efficace entre acteurs.

Regarde la Réunion : elle a aussi le statut de région ultrapériphérique, comme nous. Mais elle a réussi à capter plus de fonds européens par habitant que nous, à structurer une économie plus diversifiée. La Réunion attire près de 500 millions d’euros par an de fonds européens. Nous, on a du mal à absorber ceux qui nous sont déjà attribués…

Aujourd’hui, la CTM dispose déjà de larges compétences dans des domaines clés : développement économique, formation, transport, environnement, culture…

Alors, pourquoi attendre un changement de statut pour :

  • Former nos jeunes aux métiers liés à la mer, à la transition écologique ou au tourisme ?
  • Créer de la valeur ajoutée localement à partir de nos ressources ?
  • Repenser nos circuits économiques, agricoles et énergétiques ?

On a un taux de chômage de 15 %, un taux de pauvreté à 30 %, et près de 1 jeune sur 2 quitte l’île avant ses 30 ans.

Le vrai enjeu n’est peut-être pas de quitter la France, mais de mieux exiger des résultats, ici, maintenant, de ceux qui nous gouvernent déjà localement.

Une meilleure gestion des ressources locales pourrait :

  • Créer des milliers d’emplois hors administration (mairie, CTM…), dans la pêche, l’agriculture durable, les énergies renouvelables, l’économie numérique, le tourisme éco-responsable.
  • Réduire la dépendance à l’importation, notamment alimentaire (plus de 80 % des produits alimentaires sont importés).
  • Attirer les talents et les investissements, y compris de la diaspora.
  • Et surtout le plus important, redonner aux jeunes une raison d’espérer et de rester.

Changer de statut ne garantit ni développement, ni équité, ni emploi. Sans vision de développement locale, sans stratégie, sans responsabilisation collective, une autonomie mal préparée ou une indépendance mal anticipée pourraient aggraver nos fragilités.

Mais en utilisant mieux ce que nous avons, nos fonds, nos compétences, nos idées, nous pouvons transformer notre île sans renier notre cadre actuel.

Et si tous se trompaient, c’est peut-être parce que le problème n’est pas institutionnel. Il est structurel. Et surtout, il est en nous.

Donc ce texte, n’est pas contre l’indépendance ou l’autonomie ?

Non. C’est juste un appel à réfléchir. Et si le vrai défi, ce n’était pas de changer la France… mais de changer la Martinique

Commentaires

2 réponses à « Et si tous se trompaient ? »

  1. Avatar de Désirée
    Désirée

    et pourquoi pas faire les 2 ? Changer de statut ET faire avec ce qu’on a, avec une participation citoyenne directe ET une commission de RÉSULTATS de la part des élus ??? Car les déviances et autres corrompus se font avec font avec notre situation actuelle.

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de yannmievilly

      On peut faire les deux, la question est qu’est-ce qu’on attend concrètement de l’évolution statutaire? L’implication citoyenne aujourd’hui est importante et nécessaire pour évaluer les résultats.

      J’aime

Répondre à Désirée Annuler la réponse.